26.10
10:15

La contestation s'amplifie au Chili, pas de sortie de crise en vue

Plus d'un million de personnes ont défilé dans une mobilisation historique pour protester contre les inégalités sociales.

Une semaine de protestations, parfois violentes, des manifestations monstre et toujours pas d'issue en vue: les Chiliens ne relâchent pas la pression sur leur gouvernement qui semble paralysé face à une explosion sociale, nourrie d'années de frustrations socio-économiques, qu'il n'a pas vu venir. La liste des revendications ne cesse d'ailleurs de s'allonger depuis le début de la contestation, déclenchée par une hausse du prix du ticket de métro.

Retraites décentes, santé et éducation abordables, baisse des prix des médicaments... mais aussi démission du président conservateur Sebastian Pinera ou nouvelle Constitution pour remplacer celle héritée de la période de la dictature d'Augusto Pinochet (1973-1990).

Des demandes de justice sociale aux exigences de transformation politique, "laquelle de ces deux dimensions va être la clé pour gérer une sortie à la crise sociale et politique que vit le pays, il est difficile de le dire", estime Marcelo Mella, politologue à l'Université de Santiago.

Mais avec plus d'un million de personnes mobilisés dans les rues du pays, la contestation ne se limite plus aux seules revendications des plus défavorisés. Des habitants de quartiers plus aisés se joignent également aux manifestations comme l'explique à l'AFP Genaro Cuadros, professeur d'urbanisme social à l'Université Diego Portales.

Dès le début des protestations, le président Pinera, élu en 2017, a été critiqué pour ne pas avoir pris la mesure de la crise. Pour preuve, sa demande de "pardon" à la population, après avoir considéré le Chili comme un pays en "guerre".

"Jamais un gouvernement n'a été aussi incompétent pour gérer une crise au point que les policiers n'ont pas été suffisants et qu'on a fini avec les militaires dans la rue", estime Genaro Cuadros.

"L'explosion sociale a montré un gouvernement sonné. Mais cette attitude (...) a été celle d'une bonne partie de la classe politique", souligne Marcelo Mella.

Pour l'heure, Sebastian Pinera s'accroche à son "agenda social", avec l'annonce mardi d'une batterie de mesures dont une hausse du minimum vieillesse, davantage d'impôts pour les plus riches, gel de l'augmentation du prix de l'électricité. 

Mais "la majorité de ces mesures renforcent les dépenses publiques et pèsent sur l'Etat, plutôt que d'avancer sur la régulation" du modèle économique chilien et de ses inégalités, juge Marcelo Mella. 

Pour le politologue, l'absence de dirigeants d'un mouvement contestataire particulièrement hétérogène représente aussi "un grand défi" pour le pouvoir. 

Plusieurs journaux chiliens ont d'ailleurs fait le parallèle entre la fronde chilienne et la crise des "gilets jaunes" en France, rappelant que la "recette" du président français, Emmanuel Macron, pour sortir de la crise avait été l'organisation d'un "grand débat" national.

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