06.09
20:09

Quel profil succédera à Dominique Leroy chez Proximus ?

Dominique Leroy quittera son poste de CEO de Proximus le 1er décembre prochain. Quel devrait être le profil de son successeur ? Analyse de notre expert Bruno Wattenbergh.

Avant d’examiner les compétences et les soft-skills de ce « loup blanc », rappelons qu’il devrait plus que probablement être francophone, puisque que le CEO ne peut être du même genre linguistique que le Président du Conseil d’Administration. Comme Stefaan De Clerck semble bien installé à son poste, que le CD&V restera dans les prochains mois un solide partenaire au fédéral, peu de chances que le futur CEO soit flamand. Ce qui complique encore les choses puisqu’il y aurait sans doute plus de candidats potentiels du côté flamand que du côté francophone.

Dans un tel contexte d’alternance, peu de chance aussi que l’on aille chercher un CEO à l’étranger comme c’est le cas chez Telenet, surtout avec une rémunération plafonnée.

Quelles sont les compétences et les soft-skills idéaux pour cette fonction ?

Il faudrait d’abord idéalement une expérience dans le digital, dans l’IT, dans les services digitaux dans le B2C et dans le B2B, pas nécessairement une expérience télécom. Le marché des télécoms est bien maîtrisé chez Proximus, moins les nouveaux business modèles et les services digitaux qui représentent l’avenir de l’entreprise.

Il faudrait aussi une solide expérience dans le Comité Exécutif d’une grande entreprise digitale idéalement cotée en bourse. On a vu le cours de bourse dévisser jeudi à l’ouverture de 3%. Le futur manager devra pouvoir communiquer harmonieusement avec les marchés, être crédible pour les analystes.

Il faudrait également une expérience des négociations avec le monde politique et les institutions. La majorité du capital reste dans les mains de l’état, avec son approche schizophrénique : l’état veut des dividendes, l’état veut des prix les plus bas possible pour le consommateur et l’état ne veut pas de bain de sang social. Le futur CEO va devoir composer avec ces objectifs incompatibles, les négocier, convaincre. Idéalement, ce CEO devrait donc déjà avoir une expérience de ces relations particulières … Chez Belfius ? A la poste? A la SNCB ? Les candidats existent, mais peu sont francophones et peuvent prétendre à la double crédibilité privée et publique. Si le futur CEO combine ces deux expériences, il va aussi devoir plaire aux hommes et femmes politiques et aux capitaines d’industrie flamands. Il devra donc maîtriser la langue de Vondel et être à l’aise avec la culture du nord du pays. D’autant plus que l’on peut supposer que dans les prochaines années la question de la privatisation totale de l’entreprise sera sur la table.

En l’absence de confiance, la pression flamande sera plus forte. Ce futur CEO devra aussi avoir l’expérience de la restructuration d’entreprise : il devra mettre en place un ambitieux plan de transformation décidé sous Dominique Leroy. Il y a gros à parier que les syndicats vont profiter du départ de celle-ci pour remettre en question des éléments de ce plan. Une bonne connaissance du milieu syndical, une solide expérience de la négociation avec les délégations en présence seront nécessaires.

Enfin, tant qu’à faire, cet être hors du commun devrait aussi avoir des qualités exceptionnelles de leadership et si possible être une femme car il n’en reste plus qu’une au sein du Comité Exécutif avec le départ de Dominique Leroy.

Quels sont les profils types ?

Un quadra ou un quinqua CXO (top manager) belge francophone provenant d’une entreprise du BEL 20 ou d’une entreprise étrangère, avec une solide expérience réussie dans le digital. Mais s’il est très bon, pourquoi irait-il se lancer dans cette entreprise très compliquée, qui plus est avec un salaire qui sera sans doute le quart de ce qu’il pourrait gagner ailleurs en Belgique et plus encore à l’étranger. 

Un sexagénaire francophone qui a une belle carrière derrière lui, par exemple dans le Comité Exécutif d’une entreprise de l’IT, et qui n’opterait ni pour un job facile, ni pour un gros salaire, qui le ferait en quelque sorte pour la gloire et le patriotisme. Jo Cornu était ainsi resté jusqu’à ses 72 ans le CEO de la SNCB avant de céder son fauteuil à Sophie Dutordoir. Mais est-ce vraiment de cela qu’a besoin Proximus ? Par rapport à la SNCB, Proximus est presque à 50% privé. La montée d’un membre de le Comité Exécutif de Proximus. C’était le cas de Dominique Leroy, mais cela a aussi été le cas chez Bpost avec Koen Van Gerven. Ce dernier avait rejoint Bpost en 2006 comme directeur Retail Financial Services et il a contribué à l'importante transformation du réseau des bureaux de poste et à l'introduction en Bourse avant d'en devenir le CEO en 2014, succédant alors à Johnny Thijs.

Sur les 7 membres restant au Comité Exécutif de Proximus, trois seulement sont francophones et deux d’entre eux sont français. Le seul belge francophone étant Renaud Tilmans qui a le profil IT et qui est dans l’entreprise depuis 1993. Ce serait un choix plutôt conservatoire susceptible de bien fonctionner. Pas sûr que ce choix rassure les marchés, mais cela devrait plutôt être bien accueilli en interne.

En conclusion, et comme le disait Marc Raisière (CEO de Belfius), les talents ne manquent pas en Belgique pour diriger Proximus, mais la complexité de l’entreprise, de ses shareholders et stakholders divergents, de l’incertitude liée à l’arrivée ou non d’un quatrième opérateur, risquent bien de faire fuir les bons candidats. La rémunération plafonnée ne compensant pas cette complexité. Sans oublier bien sûr que le gouvernement fédéral n’est pas dans la meilleure des situations pour s’aligner rapidement sur le meilleur choix pour l’entreprise et ses travailleurs.

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