27.05
10:00

Etat de déliquescence

Au lendemain d’une poussée de fièvre extrémiste, la Belgique s’est réveillée groggy : près d’un électeur flamand sur deux a voté pour des formations indépendantistes, les Wallons sanctionnent les socialistes, les sociaux-chrétiens et les libéraux en invitant massivement l’extrême-gauche sur la scène politique, et les Bruxellois, surtout dans l’est et dans le sud de la capitale, misent sur les verts. En simplifiant, le brun gagne au nord, le vert au centre, et le rouge sombre au sud. Et surtout, en conclusion, Bart De Wever est plus que jamais Roi de Belgique…
L'édito de Joan Condijts Edito

Dans les régions, grosso modo, rien de très compliqué. En Flandre, une suédoise (CD&V, OpenVLD, N-VA) pourrait être reconduite. Plus subtil, le président de la N-VA, Bart De Wever, pourrait associer les socialistes (moribonds en Flandre) comme il l’a fait dans sa bonne ville d’Anvers. Et le Vlaams Belang ? Il est peu probable que la N-VA s’y allie. Pourquoi ? Parce que rien ne l’y incite. Primo, les deux formations indépendantistes n’ont pas suffisamment de sièges pour entamer un pas de deux séparatiste. Secundo, s’atteler au Vlaams Belang signifierait l’isolement pour la N-VA. Tertio, contrairement aux idées reçues, Bart De Wever n’apprécie guère le Belang. 


Côté wallon, les socialistes ont la main. Mais toutes les configurations sont possibles. Soit un duo rouge-bleu, soit des tripartites de centre-gauche (CDH, Ecolo, PS) ou de centre-droit (CDH, Ecolo, MR). Topo similaire à Bruxelles sinon que seules des tripartites sont possibles et que Défi se substitue au CDH pour y jouer le rôle de pivot. 


Et le PTB ? Comme Bart De Wever le fera sans doute en Flandre avec le Belang, les formations de gauche tendront la main à l’extrême-gauche. Pour la forme. L’intransigeance des extrémistes fera le reste. 


Reste le fédéral. Le gros morceau. Et l’impasse assurée. Bien sûr, la N-VA est contournable. Un tel contournement nécessiterait cependant un grand rassemblement transcendant les clivages idéologiques. Et une solution avec la N-VA ? Contrairement à 2014, l’adhésion d’Ecolo ou du PS sera impérative. Or, la N-VA a exclu une telle piste et, parallèlement, socialistes et écologistes francophones rejettent également toute association avec le parti de Theo Francken. Autrement dit, cela risque d’être long. Très long.


Plus encore que ce bourbier (annoncé), c’est l’aveuglement face à cette montée extrémiste qui questionne. Au nord, se sont exprimés la xénophobie, le repli communautariste et le rejet des formations dites « traditionnelles ». Au sud, essentiellement ce rejet du « traditionnel » ainsi qu’une détresse sociale mal prise en compte – ce dernier point englobe tant une pauvreté réelle qu’un sentiment de régression du service de l’Etat à l’égard de la population (« on m’oublie »).

Les seules réponses apportées à ces problèmes résident aujourd’hui soit dans la moralisation d’une peur (« la xénophobie, ce n’est pas bien ») et sa négation (« l’immigration, c’est bien »), soit dans le rejet des fautes des politiques en place les uns sur les autres… 


Qu’il soit d’extrême-gauche ou d’extrême-droite (aussi dangereux pour la démocratie l’un que l’autre), le populisme agit comme ces sirènes de la mythologie grecque qui par leurs chants attiraient les marins avant de les dévorer. Les sentences des populistes paraissent douces, leurs actes le seront moins. Les démocrates doivent trouver les mots de la parade et agir contre les maux de l’étiolement social. Pas simple. Pas impossible. Vital surtout.