24.05
18:30

Pour qui voter ?

La démocratie européenne serait-elle comme ces étoiles mortes dont la lumière traverse encore l’espace ? Déjà éteintes et encore visibles… L’image paraît sans doute excessive, même fausse. Peut-être prémonitoire.

Cette comparaison vaut par des chiffres qui prennent le pouls de ce système politique si imparfait et pourtant jusqu’à présent inégalé : seuls 36 % des Belges de plus de 15 ans disent encore avoir confiance dans les institutions politiques, judiciaires et les politiciens du royaume ; lors des dernières élections législatives, près de 15 % des citoyens en âge de le faire n’ont pas voté ou, pareillement, ont déposé un bulletin blanc, voire non valide ; d’un scrutin à l’autre, quelque 5 % à 10 % des électeurs optent pour des partis qui menacent l’existence du régime parlementaire. 
 
Au-delà des chiffres, s’imposent aussi ces lames qui tailladent la société et dénotent les errements politiques, l’accroissement des inégalités, les désillusions, l’estompement de la norme, l’hallali des nuances… Peuvent ici être cités, pêle-mêle, le mouvement des gilets jaunes - expression légitime d’un malaise, devenu la catharsis du malheur et surtout, rapidement teint en brun foncé… - l’élection du fantasque Donald Trump, les replis nationalistes, le fanatisme religieux ou l’accession au pouvoir des néo-fascistes sur le Vieux Continent. En résultent déjà une guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine dont personne ne sait où elle mènera, cet « interminable » Brexit, l’embrigadement de gamins nés sous des cieux occidentaux dans le terrorisme islamiste… Comme le résume Amin Maalouf en guise d’introduction de son dernier essai, « Les ténèbres se sont propagées à travers la planète… »
 
La démocratie est donc menacée. Attaquée. De l’extérieur. Et de l’intérieur. Si la plupart des femmes et hommes politiques en sont conscients, la procrastination, la nécessité d’être d’abord élu, puis celle d’être réélu, parfois le manque d’idées, mènent à un immobilisme dangereux. Beaucoup tentent de préserver ce qu’ils ont. De ne pas heurter aussi. Les questions religieuses sont par exemple abordées avec mille et une précautions, jusqu’à voir des progressistes autoproclamés préférer la compromission conservatiste au compromis fédérateur laïque, gage d’une société pacifiée autour de règles claires.
 
Seuls l’ambition et le courage politique permettront de sortir de ces ornières qui freinent la marche démocratique. Seule une démocratie jalouse de ses valeurs fondatrices et consciente des dangers qui la guettent – fanatisme religieux et autre racisme affirmé ou déguisé – pourra résister aux sirènes de la démocrature, cette nouvelle forme de dictature qui revêt les atours de la démocratie et lui en ôte sa substance : la liberté.
Voilà une litanie de mots pour arriver à la question cruciale de ce dimanche de printemps : pour qui voter ? Une litanie qui démontre surtout que la question essentielle est plutôt : pourquoi voter ? Même pour quoi voter ? En répondant à cette question ou ces questions, le « pour qui » sera plus limpide et deviendra presque accessoire…

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