02.04
18:45

Des faits plus que des mots

Des milliers d’élèves brossant joyeusement pour que le soleil ne nous grille pas. Des dizaines de milliers de citoyens soucieux de lendemains respirables. Ces derniers mois, les pavés de la capitale (et d’ailleurs) ont plus été battus par les échauffés du climat que par les affres du climat lui-même. Et pourtant le Parlement s’en fiche. Du moins si le vote de jeudi dernier avait valeur de test : les députés n’ont pas ouvert la voie constitutionnelle menant à l’adoption d’une loi climat… Scandaleux ?

Une lecture rapide pourrait amener à cette conclusion lapidaire et éminemment insultante pour les vagues citoyennes qui se soulèvent en faveur d’une atmosphère plus saine. Une vision quelque peu myope. Pour plusieurs raisons.

Primo, la fameuse loi climat, aussi symbolique soit-elle, n’est qu’une arme parmi d’autres dans l’arsenal à mettre en place pour lutter contre le réchauffement climatique.

Secundo, l’émotion qu’a suscité le débat autour de cette loi spéciale aurait pu conduire à une victoire de l’apparence. Souvent mue par le court-termisme, la sphère politique se serait en quelque sorte contentée de voter une loi dont les impératifs véritables ne seront supportés que par les législatures futures. Un paradoxe durable…

Tertio, cette loi spéciale ne propose, au final, guère de solutions. Elle met en place un énième outil de coopération (une agence) entre les différents pouvoirs investis sur le climat -comme si la lasagne institutionnelle n’était pas assez épaisse… Le texte fixe certes des objectifs mais de nombreux accords internationaux ne font pas autre chose et la Constitution contient déjà des éléments qui exigent une vision durable de la société. Cette loi pâtit surtout d’un manque qui est celui de toute la politique environnementale : le « comment ». L’enjeu aujourd’hui ne réside pas dans la fixation d’objectifs (ils sont nécessaires) mais plutôt dans la mise en place de moyens.

En 2002, un gouvernement fait d’écologistes, de libéraux et de socialistes, avait décidé d’éteindre les sept réacteurs atomiques du royaume. Des centrales qui produisaient près de 60 % de l’électricité nationale. La Belgique sortirait du nucléaire entre 2015 et 2025. Une loi le prévoyait. Sans énoncer comment. En 2019, l’uranium chauffe toujours l’eau à Tihange et Doel… Le but avait primé sur le moyen.

Si les objectifs, les symboles, les discours sont des éléments capitaux dans la poursuite d’une politique efficace, l’action, l’établissement de normes, la mise en place de dispositions efficaces, de mesures effectives apparaissent comme les garanties d’une réussite. Aujourd’hui, la clameur de la rue et le réchauffement climatique réclament non cet ultime paravent pour élus impuissants, non une promesse faite aux citoyens. Non. Cette société qui se fait le porte-voix d’une nature attaquée ne veut plus des textes aussi positifs soient-ils mais des faits, des moyens, des avancées. En un mot, des actes.

Joan Condijts, Directeur de l'Information

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